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    Horloger joaillier
    Présente dans le parcours de l’exposition, la maison suisse a exposé une sélection de modèles illustrant ses spécificités techniques autant que créatives.

    L’ATELIER DES HEURES, décor de Fabrizio Casiraghi pour Piaget.

    « Luxe et précision » : telle est la devise de Piaget. Chez cet horloger, les montres se font bijoux. Les créations de la maison, dévoilées lors d’AD Intérieurs 2019, qu’elles soient anciennes ou contemporaines, en témoignent. Au sein de l’Atelier des heures, mis en scène par Fabrizio Casiraghi, les visiteurs ont découvert des montres-bracelets formées de manchette en or ajouré, des cadrans habillés de turquoise ou d’opale, certains sertis de diamants taillés en baguette et marquise. Quand horlogerie rime avec haute-joaillerie.

    Horloger de père en fils

    Prenons quelques minutes pour remonter le temps. Nous voilà en 1874, au cœur du Jura suisse, dans un village de montagne qui porte le nom poétique de La Côte-aux-Fées. C’est là que Georges-Édouard Piaget, artisan habile et travailleur, protestant, père de quatorze enfants, ouvre un atelier qui portera son nom. Son fils Timothée, quatrième dans l’ordre d’arrivée mais le plus doué pour le métier, prendra sa suite. Longtemps, la manufacture Piaget fournit d’autres horlogers et demeura dans l’ombre. Elle ne signera ses cadrans et mouvements qu’à partir de 1943. Entretemps, la troisième génération a pris les rênes de la maison. Tandem brillant : Gérald est le chef d’entreprise, extraverti, qui a de l’entregent ; Valentin, son frère, est un créateur. Commence alors une période de gloire jalonnée d’inventions. En 1957, sort le calibre 9P : un mouvement à remontage manuel ultra plat (2 millimètres). En se faisant tout petit, il permet de fabriquer de grands cadrans sur lesquels l’heure se lit aisément. Pour le bonheur des dames fortunées mais un peu âgées. Trois ans plus tard, nouvel événement dans le monde de l’horlogerie : Piaget dévoile à la Foire de Bâle le calibre 12P, le mouvement automatique le plus plat du monde à l’époque (2,3 millimètres d’épaisseur). Un exploit. La technique dominée, on peut s’intéresser à l’esthétique. Tandis que ses concurrents utilisent l’acier, Piaget fabrique ses garde-temps uniquement dans des métaux précieux, or et platine. L’or surtout qui, dans les mains de ses bijoutiers chainistes, est tissé, tressé, emmaillé. L’or qui, depuis six décennies, se voit sculpté, façonné de manière à évoquer des écailles, des godrons, des motifs textiles. Lesquels animent le cadran de la montre mais, dans un même élan, décorent également le bracelet. Sur la lancée, une première boutique s’ouvre à Genève. Que dis-je ? « Une boutique » ? Un salon feutré où les clients se sentent comme à la maison.

    Un vent de liberté et de renouveau

    « Faites ce qui n’a jamais été fait », intime Valentin Piaget, l’artiste, à ses dessinateurs. « Toujours faire mieux qu’il n’est nécessaire » est son autre credo. Ils le prennent au mot. Au cours des années 1960, un vent de liberté souffle dans le bureau d’études de Piaget. La couleur surgit. Les cadrans se constituent de pierres dures : corail, malachite, lapis lazuli, œil de tigre, onyx… Au total, une trentaine de teintes différentes. Du jamais vu. Lancée en 1969, la Collection du xxie siècle propose des modèles extravagants, aux lignes irrégulières – l’asymétrie est un signe particulier de l’horloger : des montres-bracelets dites « d’esclave » qui couvrent l’avant-bras de leurs heureuses propriétaires et s’agrémentent de chainettes ; des montres-sautoirs qui pendent jusqu’à la ceinture. Elles triomphent outre-Atlantique. Cette même année, en couverture d’un magazine de Dallas, huit dames, chignons en choucroute, apparaissent, toutes parées d’une montre colorée signée Piaget.

    Joyaux des stars

    Les célébrités plébiscitent la marque. Ursula Andress, l’héroïne de James Bond, en sera l’ambassadrice. Jackie Kennedy arbore un exemplaire au cadran ovale en jade, entouré de brillants et d’émeraudes. Andy Warhol, insatiable collectionneur de bijoux, possède sept modèles. Pour choisir le sien, Elizabeth Taylor convoque le P.D.G. en personne. « J’ai sauté dans ma voiture et je suis monté à Gstaad en plein hiver, raconte joyeusement Yves G. Piaget. Dans son chalet, en compagnie de Richard Burton, elle m’a reçu en fuseau et talons hauts. » Les trois montres qui appartenaient à l’actrice ont rejoint la collection patrimoniale de l’horloger-joaillier. C’est Yves G. Piaget, justement, dernier représentant de la dynastie aux commandes de la société, qui aura l’idée de la constituer. À vouloir aller de l’avant, ses prédécesseurs n’avaient rien gardé du passé. Depuis 1991, un conservateur a pour mission de traquer les pièces historiques emblématiques de la maison. Le « musée » privé de Piaget, près de Genève, comporte, aujourd’hui, mille-trois-cents créations. À la bonne heure...

    À lire : Piaget. Horlogers et joailliers depuis 1874, texte Florence Müller, photographies Philippe Garcia, Steve Hiett, Éditions de La Martinière, 2014.

    MONTRE-MANCHETTE en or jaune. Cadran en racine de rubis. Mouvement extra plat à remontage manuel Piaget 9P. Collection privée Piaget, 1970.

    MONTRE Extremely Lady, 27 x 22 mm. Boîtier en or rose serti de 24 diamants, cadran en or 18 carats gravé. Mouvement Manufacture Piaget 56P. Bracelet en or rose à décor « d’écailles » gravé.

    MONTRE-MANCHETTE en or jaune, turquoise et lapis lazuli. Cadran en lapis lazuli. Mouvement extra plat à remontage manuel Piaget 9P. Collection privée Piaget, 1970.