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LES BLESSURES DE LA VIE

Claire Messud, les lecteurs français l’ont adoptée d’emblée. Quand la collection « Du monde entier » de Gallimard a publié la traduction de La Vie après. Un superbe roman d’initiation qui racontait l’apprentissage de la vie par Sagesse La Basse, adolescente que son grand-père faisait brutalement plonger dans le grand bain de l’existence. L’auteure américaine, qui parle un français impeccable, allait ensuite de nouveau marquer durablement les esprits. D’abord avec les deux novellas réunies dans Une histoire simple. Puis avec l’ambitieux et maîtrisé Les Enfants de l’empereur dont les trois héros, Danielle, Julius et Marina s’apprêtent à prendre de plein fouet les événements du 11-Septembre 2001. Enfin avec La Femme d’en haut qui décrypte la fascination d’une enseignante pour l’un de ses élèves et ses parents, dans une Amérique sur le point d’élire Barack Obama.

AMIES D’ENFANCE

Dans son nouveau roman, La fille qui brûle, Claire Messud explore là encore de nouveaux territoires. Il faut, cette fois, la suivre dans la petite ville de Royston, Massachusetts, où tout le monde se connaît, « au moins de vue ». La narratrice, Julia Robinson, s’est prise de passion pour Harry Potter et porte des Dr. Martens. Brune et bouclée, elle est la fille d’un dentiste et d’une journaliste free, auteure de critiques gastronomiques et cinématographiques. Des parents de la classe moyenne qui habitent une jolie maison et roulent dans un break Subaru bleu. Il y en a une qu’elle n’est pas prête d’oublier, deux ans après son départ de Royston. Celle qui, depuis la deuxième semaine d’école maternelle, a été sa meilleure amie. La menue Cassie Burns aux cheveux blonds presque blancs, à la peau diaphane. Sa mère, infirmière à domicile qui portait de longues jupes à fleurs, l’a élevée seule après la mort de son père dans un accident de voiture, quand elle avait 11 mois. Pour Cassie, le défunt était comme un ange, dont elle était persuadée qu’il veillait sur elle.

DES DESTINS DIVERGENTS

Ces deux-là ont longtemps été inséparables. L’une voulait être rock star et écrivain, l’autre, actrice et styliste. L’une était loquace et impatiente, l’autre, réservée voire discrète. Elles ont travaillé bénévolement au refuge de la Société protectrice des animaux, partagé le même rêve de devenir vétérinaires, les baignades dans l’eau synthétique de la piscine des voisins des Robinson ou celle cristalline de la carrière. Sans parler de leur découverte commune du vieil asile Bonnybrook, désaffecté depuis belle lurette. Un drôle d’endroit, avec son parquet dépouillé de ses lattes, son odeur froide et humide, où elles aimaient à entrer par effraction pour traîner dans les couloirs et inventer des jeux. Peu à peu, une distance s’est installée entre elles, leur amitié se poursuivant au ralenti. Julia et Cassie ont cessé de prendre le même chemin, main dans la main. Jusqu’à ce que la première en vienne à ne plus reconnaître la seconde. Une Cassie bien trop incandescente pour ne pas y laisser des plumes…

Le charme vénéneux distillé par La fille qui brûle rappelle l’univers d’une Joyce Carol Oates ou d’une Laura Kasischke. On y retrouve toute la finesse psychologique et narrative de Claire Messud. Sa manière de rendre incarnées ses deux protagonistes avec leurs rêves et leurs espoirs. L’Américaine signe un lancinant roman sur l’adolescence et ses blessures, sur la solitude et l’ennui.

(C. HÉLIE/GALLIMARD)

★★★★☆ La fille qui brûle (The Burning Girl) par Claire Messud, traduit de l’anglais (États-Unis) par France Camus-Pichon, 256 p., Gallimard/Du monde entier, 20 €

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