Qui pour la gagner?
Ils sont ultra-motivés après une belle saison de compèt’ en guise d’entraînement et de mise au point. 8 femmes et 82 hommes en proto, en série, avec des étraves rondes ou pointues. 90 compétiteurs prêts à s’élancer pour 4 000 milles de bagarre sur leur petit – mais costaud – 6,50 m!
Joe Lacey (963) et Patrick Dijoud (962) en Maxi 6,50 et le proto de Damien Garnier (788) lors de la Duo Concarneau sont inscrits à la Mini-Transat. (CHRISTOPHE BRESCHI)

LE MONDE DE LA MINI se divise en deux catégories: il y a ceux qui achètent un 6,50 m prêt à naviguer (ou presque) et ceux qui imaginent, construisent puis mettent au point des machines de guerre transocéaniques… en miniature! En somme: il y a les 6,50 m de série et les protos. Une division qui – on l’a cru – allait être bouleversée par l’arrivée des protos à foils… Mais au regard des résultats de la Mini-Fastnet et de la Transgascogne (qui préfigurent souvent le résultat de la Mini-Transat), la planète Mini va conserver encore cette année ce petit côté manichéen entre les voiliers de série – dominés par le Pogo 3, un bateau rapide et éprouvé depuis plus de deux ans sur le circuit – et les protos à dérives. A la rigueur pourrait-on les distinguer par la forme de leur étrave. Nous aurions ainsi d’une part les « pointus », très efficaces pour remonter le vent, performants en VMG (distance de rapprochement au but), et d’autre part les « ronds », ultra rapides au reaching. Mais les écarts de performance tiennent dans un mouchoir de poche et on ne peut pas dire qu’une famille a définitivement pris l’ascendant sur l’autre.

TROP TOT POUR VOLER MAIS L’ENVIE EST LA

Pour l’instant le jeu reste ouvert et il faudra sans doute attendre la prochaine édition (2021) pour assister à la véritable confrontation avec les foilers. C’est que le sujet est complexe pour les concepteurs de protos et la problématique des foils reste sur un mini la même que sur un IMOCA. Pour voler sur ses foils, le monocoque doit être stabilisé avec des safrans intégrant des plans porteurs, ce que seul le proto de Tanguy Bouroullec tente d’intégrer; pour voler, il faut être à plus de 8 noeuds au portant et tenir la barre! Un défisupplémentaire en solitaire sur une transatlantique. Le reste du temps, les foils génèrent potentiellement plus de poids et de traînée que des dérives classiques droites et pénalisent le proto dans le petit temps. Une écrasante domination des minis à foils n’est donc pas évidente et la preuve en a été faite sur les courses de début de saison avec notamment le puissant et très (trop?) technologique proto Arkena 3 mené par Raphaël Lutard qui peine dans le petit temps et ne parvient pas à se classer. La catégorie aurait pu aussi compter sur SeaAir, un plan de David Raison développé avec la société bretonne éponyme spécialisée dans les bateaux volants, mais il est pour le moment hors jauge. Un plan Finot a failli voir le jour et le plan Bertrand Lilienthal de Jörg Riechers a manqué de budget. Reste le plan Lombard d’Axel Tréhin, pensé pour recevoir des foils mais qui, faute de budget, partira avec des dérives classiques. Dommage. Tout compte fait, le seul foiler à pouvoir prétendre au podium de la Mini-Transat pourrait être celui de Tanguy Bouroullec, sorti du chantier Structures et qui a montré qu’il pouvait jouer avec les protos classiques dans le petit temps en terminant 3e de la Mini-Fastnet et 2e de la Transgascogne. L’explication vient du skipper lui-même, qui confirme que ces étonnants appendices qui nous font fantasmer sont plutôt des dérives-foils. Pensées avec l’architecte Guillaume Verdier, elles travaillent comme des plans anti-dérive utiles pour la bonne marche du voilier au près lorsqu’elles sont à demi rentrées dans la coque sans traîner beaucoup plus d’eau qu’une dérive droite et soulagent au reaching la carène du mini en mode semi-vol. En bref, un bon compromis qui permet de ne pas perdre le rythme dans le petit temps. Malheureusement, la mise au point d’un tel proto demande beaucoup du temps, ce qui a empêché Tanguy Bouroullec de terminer sa qualification. En somme, les chances pour qu’il puisse prendre le départ de la Mini-Transat en septembre semblent bien minces à l’heure ou nous écrivons ces lignes… Alors, qui d’autre pour monter en Martinique sur le podium des protos de cette douzième Mini-Transat après plus de 4 000 milles de course? Pour reconnaître les favoris, il suffit de jeter un oeil aux résultats du championnat et des deux dernières courses, Mini-Fastnet (MF) et Transgascogne (TG): Erwan Le Mené (1er TG), Axel Trehin (1er MF, 3e TG), sans oublier François Jambou (2e MF), le grand favori de l’épreuve. Un marin qui a l’expérience du mini (en série) et qui sait très bien mener ce plan Raison, vainqueur de la dernière édition avec Ian Lipinski à la barre. Sans aucun doute le proto le plus rapide et le plus abouti de la flotte. En embuscade, il faudra surveiller Axel Tréhin qui a lui-même très bien construit son plan Lombard de dernière génération, mais qui, on l’a dit, a manqué de budget pour s’offrir des foils. Le voilier n’en reste pas moins très performant, au-dessus des autres dans 17 à 20 noeuds de vent et plus facile à mener que le Maximum de François Jambou. Enfin, Erwan Le Mené, un skipper expérimenté, dispose lui aussi d’un plan Lombard certes plus ancien mais très véloce dans le petit temps comme l’a démontré sa victoire dans la Transgascogne. Derrière ces trois prétendants au trône, tout est toujours possible, notamment pour Marie Gendron. Cependant, force est de constater qu’ensuite le niveau baisse d’un cran. En effet, la classe proto bénéficie d’un effet d’aubaine: si les protos dernier cri nécessitent un budget conséquent – environ 200 000 € pour la construction à quoi il faut ajouter les voiles, l’accastillage et une électronique de pointe (équivalente à celle d’un Class 40) – ceux d’ancienne génération coûtent moins cher à l’acquisition qu’un mini de série neuf!

Ambiance studieuse aux Sables avant le départ de la Transgascogne. Une course se gagne en partie à terre, qui plus est la Mini! (CHRISTOPHE BRESCHI)
Marie Gendron à la barre de son proto dessiné par Guillaume Verdier, baptisé Cassiopée, pourrait bien en étonner plus d’un sur la transatlantique. Elle peut prétendre au Top 5. (ELIZA CHOHADZHIEVA)
(CHRISTOPHE BRESCHI)
“François Jambou est un des grands favoris en proto.”

PROS ET AMATEURS JOUENT A ARMES EGALES

Résultat, on retrouve dans cette catégorie des marins devant apprendre à gérer des unités complexes, très exigeantes techniquement. Dès lors, l’écart des performances entre ces marins et les leaders s’accroît rapidement tandis que du côté des voiliers de série, plus simples à mener, le niveau ne cesse de grimper avec la professionnalisation des projets. Nombreux sont en effet les skippers réussissant à dégager beaucoup de temps pour leur défiet à participer, en plus des courses, aux entraînements de pôles plus ou moins structurés à La Rochelle, Pornic, Lorient ou Concarneau. Attention, ne rêvons pas: les budgets sont toujours aussi compliqués à dégager!

Quid des skippers des minis de série en lice pour le Graal de la course au large à portée de presque tous les marins? Dans cette catégorie aux très nombreux prétendants, les noms qui reviennent sont ceux d’Ambrogio Beccaria (1er MF) au-dessus du lot, de Mathieu Vincent (1er TG, 4e MF) qui a énormément progressé, d’Arnaud Machado, mais aussi d’Amélie Grassi (3e MF) ou de Nicolas d’Estais (2e MF). Il faudra aussi surveiller Paul Clourec en Maxi 6.50, Félix de Navacelle, Ronand Gabriel en Ofcet – une unité qui a un fort potentiel sur de longs parcours – ou d’un skipper comme Pierre Leroy. Météorologue de métier, il peut se révéler un concurrent dangereux sur une course au long cours. Car il ne faut pas perdre de vue que la Mini-Transat est une course de fond qui se joue certes sur la performance intrinsèque des unités et des skipper(e)s qui les mènent, mais où les nombreux faits de course – casses, avarie – peuvent bouleverser les pronostics et où les marins maîtrisant le mieux le rythme de leur course, la compréhension des phénomènes météo et la gestion de trajectoire peuvent sortir leur épingle du jeu! En cela, tous les skippers qui ont l’expérience d’une transatlantique en course possèdent un avantage non négligeable sur le reste de la flotte, qu’ils courent en proto, Pogo 3, Maxi ou Ofcet… Une course mythique qui récompense avant tout le talent d’un skipper concentré dans une toute petite coque de 6,50 m!