Le dialogue des siècles
Face au Louvre, Rive gauche, les bords de Seine déroulent leurs merveilles, dont l’appartementgalerie de l’antiquaire Adrien Chenel, où se mêlent librement pièces d’archéologie et trésors vintage.

LE SALON ouvre d’un côté sur la Seine, de l’autre sur la salle à manger. Face aux canapés Camaleonda de Mario Bellini et à la table basse Metaphora de Lella et Massimo Vignelli, une banquette italienne du XVIIIe siècle en noyer. Sur une colonne cannelée en giallo antico, un buste du XVIIIe siècle représente un empereur.

(RÉALISATION Thibaut Mathieu PHOTOS Yukata Yamamoto)
Colonnes antiques et canapés vintage, une collection qui s’étend de -3000 avant J.-C. jusqu’aux années 1970.

Alors que Paris semble s’assoupir peu à peu entre les bras de ses touristes qui veilleront sur elle durant l’été, Adrien Chenel, son frère Ollivier et Gladys, l’épouse de ce dernier, bouclent les derniers préparatifs de l’exposition baptisée Influence, qui débutera à la rentrée. Un événement teinté de symboles, puisqu’il ne se contentera pas de révéler le nouveau décor de la galerie Chenel, quai Voltaire. Célèbrant les 20 ans de leur aventure commune dédiée à l’archéologie et ses plus beaux trésors, il confrontera pour l’occasion antiques et autres pièces historiques à des céramiques de Picasso, si chères à la famille qui les collectionne depuis toujours, dans un jeu de correspondances inédit. Un dialogue entre les siècles qui n’a à vrai dire pas attendu le soir du vernissage pour débuter entre les murs de cet appartement situé à quelques numéros de la galerie.

DANS LA CUISINE, au-dessus d’une table et de chaises de Pierre Chapo, un tableau de Serge Rezvani ayant appartenu à Jeanne Moreau.

LA SALLE À MANGER et ses chaises à médaillon.

Un cadre magique

DANS LA SALLE À MANGER se mêlent pièces antiques et céramiques de Pablo Picasso.

DANS LA SALLE À MANGER, devant la fenêtre, un marbre Génie d’Auguste, Romain, Ier siècle après J.-C. Au mur, un élément d’architecture Renaissance.

DANS L’ENTRÉE de l’appartement, on aperçoit un buste de Centurion en marbre de Carrare, travail italien du XVIe -XVIIe siècle.

L’archéologie et ses plus beaux trésors côtoient antiques, pièces historiques et céramiques de Picasso.

ADRIEN CHENEL dans le salon de son appartement.

« Cet appartement nous permet de ne pas révéler certaines pièces à la galerie, et d’en réserver la primeur à nos collectionneurs. »
—— Adrien Chenel

DANS LA CHAMBRE, à côté du lit, un fauteuil en fibre végétale et rotin de Michel Buffet, édition Georges Robert (1954), un fragment de frise en terre cuite avec un masque de théâtre représentant Bacchus, travail romain de la première moitié du Ier siècle après J.-C, posé sur un élément d’architecture romain en marbre, Ier - IIe siècle après J.-C. Au mur, des appliques de Jacques Biny.

L’adresse abrite le quotidien d’Adrien, le plus jeune des deux frères, mais aussi certains chefs-d’œuvre qui se laissent découvrir régulièrement, lors de dîners que les antiquaires organisent pour leurs collectionneurs. Ce cadre magique, à la fois ouvert sur la Seine et situé dans l’axe du pont du Carrousel qui s’interrompt contre les façades du Louvre imaginées au XVIe siècle sous Henri IV, offre un spectacle à la beauté renversante. « Je ne m’en lasse pas, de jour comme de nuit », commente Adrien qui, chaque matin au réveil, observe le ballet des passants prendre vie sur les berges, jusqu’à se refléter sur les fenêtres de cet appartement à l’atmosphère si singulière, où se mêlent vieux dallages de pierres et parquet Versailles, et où les sculptures antiques ont pris place jusque dans la salle de bains. Le trait de Picasso anime le moindre recoin de cet espace classique, construit en enfilades et ponctué de pièces de mobilier des années 1960 et 1970. C’est une autre collection, plus personnelle cette fois, que l’antiquaire a démarré a Londres alors qu’il étudiait la photographie et qui ne cesse de s’étoffer depuis qu’il a posé ses valises à Paris et rejoint Ollivier et Gladys au sein de la galerie qui porte leur nom, mais aussi celui de leur père. Célèbre antiquaire à Nice, ce dernier leur a sans aucun doute donné le goût des belles choses, qu’elles datent de 3000 ans avant Jésus Christ ou des années 1970. Car ici, la beauté ne se joue pas entre les époques. De l’Italie sous l’Antiquité Romaine à celle de Mario Bellini, les frontières de styles semblent s’accorder à merveille sous le ciel de ce Paris de carte postale. Après tout, la Capitale a elle aussi toujours su conjuguer son histoire et son patrimoine au temps présent.

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AD France - Septembre Octobre 2019

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Septembre Octobre 2019