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ELLE France

ALESSANDRA LA BIENHEUREUSE

Chemise, FIGARET PARIS. Jean, SANDRO. Alliance personnelle. (ÉRIC GUILLEMAIN)

Quand Alessandra Sublet entre dans un maillot une pièce, elle n’est jamais seule. C’est comme si de petites particules de gaieté flottaient tout autour d’elle, de son sourire immense et de ses yeux rieurs. Elle me voit qui l’attends, carnet de notes en main, et s’exclame : « Oh, mais comme je suis fière ! Non, mais, faire la couverture de ELLE, quoi ! Alors que je n’apparais plus à la télé depuis deux ans ? Combien d’animatrices ont cet honneur ? Des journalistes, oui, Anne-Sophie Lapix, Claire Chazal… Mais des animatrices ? Quelle chance ! Merci, Alix, merci. » Elle est comme ça, Alessandra, la spontanéité incarnée. Je souris modestement, me gardant bien de lui dire que je n’y suis strictement pour rien (toujours laisser croire qu’on a le bras hyper long) et lui demande comment s’est passé le shooting au Portugal, dont elle rentre tout juste. La jeune femme, bien campée sur son petit nuage de joie de vivre, s’exclame : « C’était génial ! Sur le fond, Comporta, c’est beau, mais pas plus que le Cap-Ferret, hein ? Et puis y a pas non plus des milliards de bistrots pour boire un coup. Mais j’avais toute une équipe rien que pour moi, j’ai eu l’impression d’être une star ! J’envoyais toutes les photos au fur et à mesure à Clément pour qu’il voie qui c’est, sa femme. » Voilà. Si Alessandra Sublet nous enchante, c’est aussi pour ça, parce qu’elle est naturelle, simple, jamais blasée… Qu’elle fasse la couverture, au fond, c’est mettre toutes les femmes « normales » à l’honneur, même si, à 41 ans, la silhouette de l’ancienne danseuse a de quoi énerver bien des naïades de 20 ans. D’ailleurs, quand Alessandra commande un club-sandwich et des frites, je décide de la dénoncer. Ça suffit avec cette sympathie, je vais nous en trouver, moi, des raisons de la détester. De ces deux années loin du petit écran, l’animatrice dit drôlement « quand j’étais en préretraite », et l’on sent que ça n’a pas été forcément facile tous les jours : « Je ne suis pas du tout addict à l’antenne, mais avoir des projets qui marchent, c’est quand même un vrai moteur. C’est pour ça que j’ai produit des documentaires, et que je compte bien continuer. Le dernier, sur Antoine Griezmann, a attiré 800 000 téléspectateurs sur TMC, et Netflix m’en a même demandé une nouvelle version, c’est classe, non ? » Et, zou, une chips pour pousser les frites. Grrr. Jusqu’en 2016, elle animait des primes, des talk-shows, des gros barnums… elle revient dans une configuration beaucoup plus intime : juste Nicolas Canteloup et elle en plateau.

Pull, ETRO. Culotte, INTIMISSIMI. Lunettes, RAY-BAN. Alliance personnelle.
“IL FAUDRAIT CINQUANTE-DEUX « ELLE BLEU » CHAQUE ANNÉE POUR QUE TOUT LE MONDE PRENNE CONSCIENCE DE L’URGENCE DE PROTÉGER LES OCÉANS…”

Pourquoi ce grand écart ? « Parce que le producteur Jean-Marc Dumontet me l’a proposé ! Nikos a eu envie de revenir à ses premières amours, le journalisme pur et dur [il présentera la matinale d’Europe 1 à la rentrée, ndlr], je suis très amie avec lui et je suis fan de Canteloup ! C’est quelqu’un de pudique, de timide, mais, une fois qu’il fait tomber ses barrières, on s’amuse comme des fous. Et le fait de se trouver avec une femme en face de lui va lui inspirer ses personnages. J’ai rencontré les auteurs, on va beaucoup travailler ensemble, car succéder à Nikos, qui a assuré pendant plus de six ans, n’est pas évident. » Les échecs de ses dernières émissions, elle les a passés par pertes et profits : « Le public de TF1 n’est pas le même, j’arrivais de France Télévisions, et je crois que proposer aux gens à la fois un nouveau concept et une nouvelle animatrice, c’était trop, compte tenu des impératifs d’audience. Là, c’est une émission qui marche déjà très bien, j’espère que ça sera plus facile pour le public de s’habituer à moi… » Je lui demande des nouvelles de Charlie et Alphonse, ses deux enfants, qu’on a quasiment vu naître dans ELLE… « Ils ont 4 et 6 ans et vont super bien, merci. Magnifiques. Êlevés au grain, il faut dire… » Pardon ? « Eh bien, oui, on s’est installés dans les Yvelines, avec leur papa, ce sont des enfants de la campagne, maintenant. Ils passent d’un jardin à l’autre et vont à l’école du village. Quand je dis ça à mes copines parisiennes, elles s’évanouissent, alors, je leur demande, perfide : “Combien sont-ils par classe, chez vous ? Trente-deux… Chez nous, ils sont vingt dans toute l’école…” Et toc. » Re-frite. Pour Alessandra, cette mise au vert n’est pas une tocade de bobo : « J’ai moi-même grandi comme ça, dans la banlieue lyonnaise, j’avais envie d’une qualité de vie similaire pour mes enfants, mais ça n’a rien d’un sacrifice. Je vois davantage mes amis que quand je vivais à Paris et nous ne sommes qu’à 40 kilomètres… Comme nous avons la chance de travailler en horaires décalés, Clément et moi, les trajets pour aller au boulot ne sont pas la mer à boire. » La mer, le mot nous fait rebondir sur ce numéro spécial qui la met à l’honneur. Sur le sujet, Alessandra est intarissable : « Bon, je ne suis pas Jean-Marc Barr [Rires.] mais je crois qu’il faudrait cinquante-deux ELLE BLEU chaque année pour que tout le monde prenne conscience de l’urgence de protéger les océans… »

« La mer, c’est sans aucun doute l’élément dont nous avons le plus besoin, elle apaise, donne de l’énergie, rééquilibre…, poursuit-elle. Je pars bientôt à Saint-Barth en famille. Mes parents, qui y vivent à l’année depuis qu’ils sont en retraite, rentrent en France l’été et nous prêtent leur maison… Là-bas, je passe mes journées dans l’eau : je ne suis pas du genre à rester sur ma serviette de plage, je nage, je plonge, je fais du kitesurf et de la voile toute la journée… De mes années de sport-études, quand je voulais devenir ballerine, j’ai gardé la bougeotte et une nature de sportive[l’impunité du combo chips-frites commence à prendre son sens]. J’ai même été monitrice de voile à 20 ans, quand je vivais à Cape Town, en Afrique du Sud. Sans être un ghetto de riches comme on la caricature – il y a beaucoup de gens “normaux” à Saint-Barth, mes parents, par exemple, qui vendaient des caravanes en France, ont commencé par y acheter un cabanon dans les années 1980 –, l’île reste très protégée, mais je sais, comme chaque année, que je trouverai encore un peu plus de déchets charriés par les marées. Il faut mobiliser les gens sur l’urgence de déplastifier nos vies : j’ai déjà abandonné les Coton-Tige et les pailles, ce qui, pour moi, est un effort considérable car un soda sans paille, c’est dur [Rires.], mais je me dis que chaque petit geste compte. Les scientifiques sont prudents sur les liens entre la pollution et le changement climatique, mais, pour avoir essuyé deux ouragans, en 1999 et en 2000, lorsque je vivais à l’année à Saint-Barth, je peux vous dire que c’est une expérience proprement terrifiante, entre les bruits de Boeing dans le jardin et la boue qui coule par les persiennes… Ils étaient pourtant deux fois moins puissants qu’Irma, qui est passé l’an dernier. Quand mes parents m’ont parlé des dégâts dans l’île, j’ai voulu faire quelque chose pour appeler à la solidarité. “50‘ Inside” m’a confié un reportage post-Irma, c’est une petite contribution, mais je suis contente d’avoir pu apporter ma pierre. » Á cet instant, le serveur nous sert un Coca bien frais « mais sans paille » qu’elle avait commandé. Il y a une grosse touillette en plastique plantée en plein milieu. Alessandra Sublet éclate de rire : « C’est pas gagné, hein ? » C’est pas gagné, en effet, mais quand les messages sont portés avec une telle joie de vivre, c’est pas perdu non plus.

ÉRIC GUILLEMAIN ASSISTANTE STYLISMEAndréa Ottaviani. MAQUILLAGE Sandrine Inizan-Glacet. COIFFURENicolas Philippon.

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