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Esprit Bonsai

FAISONS-NOUS SOUFFRIR NOS BONSAÏS ?

La question de la souffrance des arbres résulte bien souvent de l’anthropomorphisme. Au-delà de cette énigme, sous la contrainte, les arbres développent des mécanismes de multiplication les rendant immortels.

Tous les amateurs de bonsaï ont eu un jour à expliquer à des profanes que leur loisir favori ne consiste pas à faire souffrir des arbres. L’image d’arbres forcés à pousser dans de petits pots, taillés en permanence et tordus par des ligatures, s’apparente à une véritable torture pour beaucoup de personnes qui ne connaissent pas cette activité.

La parade classique consiste à comparer notre passion à la taille d’une haie ou à la tonte du gazon d’un jardin. Qui songerait, en effet, à comparer le jardinier du week-end à un tortionnaire de plantes ? Pourtant, ces activités banales et largement acceptées sont à l’évidence des formes de contraintes sévères de l’homme sur le végétal, d’ailleurs pas forcément pour le plus grand bonheur du végétal !

Si cette comparaison est justifiée et peut aider à faire accepter le bonsaï en tant qu’art, elle ne suffit évidemment toujours pas à lever le doute du contradicteur.

Il me semble que le sentiment de souffrance dans cet art vient d’abord du fait que le bonsaï, tel qu’il est conçu par le grand public, est une représentation d’arbres âgés, tourmentés et durement éprouvés par leur environnement. L’image de la lutte de la vie contre la mort, comme on peut le voir chez ces pins ou genévriers aux troncs tordus et aux nombreux bois morts, qui existent dans la nature sans que l’homme ne soit intervenu.

Alors finalement, essayer de répondre à cette question de la souffrance des bonsaïs revient à répondre à la question de la souffrance des arbres eux-mêmes.

Le stress pour l’immortalité

Les arbres souffrent-ils ? Si cette question n’est pas réglée chez les scientifiques, quelques faits nous permettent d’envisager et de comprendre le problème sous un angle différent et assez surprenant.

Il a été prouvé que les arbres sont capables d’émettre des signaux chimiques lorsqu’ils sont soumis à un stress, même s’ils ne possèdent pas de système nerveux à proprement parler comme les animaux.

En s’intéressant aux arbres d’une même espèce, la science a découvert que les arbres les plus vieux sont ceux qui poussent dans les conditions les plus défavorables.

En Europe, l’exemple le plus connu et le plus étonnant est celui des trognes, ou arbres têtards, ces arbres perpétuellement taillés par les hommes afin de leur faire produire des rejets pour différents usages. Certaines trognes de chênes, en France ou en Angleterre, ont dépassé 1 000 ans alors qu’un individu poussant librement dépasse très rarement 500 ans.

Autre cas encore plus troublant : un épicéa de 8 000 ans a été découvert en Suède. Écrasé par la neige et le vent, il mesure 2 mètres de haut et a réussi à survivre par marcottage successif de ses branches basses. Sans contrainte, un épicéa peut mesurer 40 mètres de haut et vivre au maximum 500 ans.

Les exemples sont très nombreux et ont tous en commun que, soumis à des stress et contraintes divers, beaucoup d’espèces deviennent presque immortelles.

L’explication est connue : sous la contrainte (environnementale, humaine) les arbres se multiplient en formant des suppléments ou réitérations et se transforment alors en une colonie. C’est cette colonie qui devient immortelle.

Une forme de vie différente

Ces phénomènes déconcertants nous montrent à quel point les arbres sont une forme de vie bien différente des animaux que nous sommes. Des contraintes extérieures défavorables provoquent la perte de l’animal sur le long terme. Alors que chez les arbres, elles déclenchent des mécanismes qui, au contraire, les rendent éternels.

Si la notion de souffrance est applicable aux arbres, ce qui reste à démontrer, elle ne produit sur eux assurément pas les mêmes effets que sur les animaux.

Alors, nos bonsaïs souffrent-ils lorsque nous les travaillons ? Personne ne pouvant encore répondre vraiment à cette question, je préfère voir dans les bonsaïs, les plus beaux et les plus expressifs, l’image de l’immortalité.

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